jeudi 4 octobre 2007

Errance

Je me promenais aux « Buttes Chaumont » sans qu’aucun être ni qu’aucun élément naturel ne troubla ma quiétude. Proche d’un tournant d’allée, je restais immobile au milieu des arbres sans nombre et mon être entier participait profondément à ce gémissement sans fin comme si je ne faisais q’un être de bois semblable à tous ces géants.
Le vent poussait des plaintes continues et envoyait son souffle de glace qui me traversait et que je recevais avec une exaltation proche du délire.

Je voulus remuer mes branches dénuées de feuilles qui découpaient le ciel, mais j’étais figée et pourtant mes racines n’étaient pas bien profondes et mon tronc avait toute sa vigueur mais ma sève avait peine à alimenter mon corps nouveau.

Parce que c’était l’Automne, la Vie en moi ralentissait et je participais comme dans un rêve éveillé à celle des géants sans limite.

23 novembre 1975

Sur "Je vous envoie un bouquet" de Ronsard

Pour Ronsard, les fleurs et les femmes
Sont semblables, ensembles elles poussent
Et s’épanouissent, aidées du Temps, elles se flétrissent.

Parmi les autres fleurs, pour Elle,
Il a choisi celles qui furent les plus belles,
Les plus épanouies, échappées du triste destin,
Celui de périr le lendemain.

De sa main, il les a enlevé de la terre,
Ces fleurs épanouies qu’il envoie à sa Chère,
Avant le soir, si nul ne les avait cueillies,
Fanées, flétries, elles seraient le jour qui suit.

Rien n’est plus fragile que la fleur,
Rien n’est plus fragile que la femme,
Le plus bel exemple de comparaison.

Avec le temps leurs beautés s’en vont
Si belles étaient-elles,
La femme comme la fleur
Regrette le Temps qui passe.

Courte est la vie de l’Homme.
Tout périt un jour.
Ce n’est pas le temps qui court,
Qui s’en va, c’est l’Humanité
Qui s’éloigne pour l’éternité.

Quand l’Homme mangera les racines
La vie continuera sur Terre.
Quand ils seront morts, ils ne pourront
Plus jouir de la Vie et Ronsard demande
A sa bien-aimée de l’aimer encore,
Pendant qu’elle est belle et jeune.

17 juillet 1975